Journal de Campagne de Drystan Lanart

Une fois les portes du château passées, le grand Hall permet de choisir sa direction, on y trouve toujours des serviteurs ou gardes
Evanda
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Journal de Campagne de Drystan Lanart

Message par Evanda » mar. 15 déc. 2015 14:33

Lewis Aillard

C'est l'homme que je côtoierai le plus au cours de ces décades en direction des Villes Sèches. Je me rends vite compte qu'il n'a pas volé sa place d'officier sanitaire, et la relative tranquillité des premiers jours lui laissent le temps de répondre à toutes mes questions. Il partage ses connaissances avec bonne volonté : je suis bien chanceux de me trouver en sa compagnie, et je pense avoir beaucoup progressé à ses côtés. J'avais certes quelques notions de soins, mais grâce à lui, je pourrai prétendre à l'égalité avec de véritables soigneurs.
Au fil du temps, nous apprenons à nous connaître un peu mieux, même si je dois avouer ne pas toujours lui avoir facilité la tâche. Je découvre un officier profondément humaniste, tout entier dédié à sa vocation d'apaiser les souffrances, malgré un réalisme prononcé, et plutôt désabusé. Il doit avoir une grande foi, pour continuer à exercer dans cet environnement guerrier qui le dégoûte manifestement. Cet homme d'expérience ne se voile pas la face, mais il fera aussi tout son possible pour tenter d'améliorer, même ce qui ne peut pas vraiment l'être.
Lewis est aussi quelqu'un de particulièrement prévoyant, je le vois alors qu'il évalue ses stocks de plantes, lesquelles diminueront peu à peu alors que s'écoulent les décades. Passées les terres Elhalyn, nous n'aurons que peu de moyens de nous en procurer, et même si les villageois se montreront généreux à notre égard, sans doute n'ont-ils pas grand chose pour se soigner eux-mêmes. Nous ferons avec ce que nous avons, il le faut bien, mais je vois à son attitude que l'officier Aillard n'est pas satisfait des méthodes qu'il est alors contraint d'utiliser.
Prévoyant et attentif, donc : je ne comprenais pas pourquoi celui que je considère comme mon supérieur m'exhortait, dans les premiers temps, à limiter mes monitorages au strict minimum. Je crois même que j'en étais un peu vexé. Pourtant, après les premiers combats amenant des blessures autrement plus sérieuses, ses restrictions ont fait sens. Il aurait été dommage de dépenser de l'énergie pour des broutilles pouvant être solutionnées d'une autre manière, même si face à la souffrance, il est toujours difficile de se raisonner. Je tâche de ne pas oublier qu'il a l'expérience qui me fait défaut.
A l'heure de se séparer, alors que je quitte la colonne des troupes retournant à Thendara, pour bifurquer vers la route de Barrensclae, j'ai tenté de le remercier de tout ce qu'il m'a apporté. J'ai bien peur de ne pas y avoir réussi à la hauteur de ce que j'aurais souhaité. Il a accepté de se charger pour moi de prévenir Dom Rascard du détour que j'effectue pour passer quelque temps avec Leonel. J'ai bien plus hâte d'arriver que si ma destination avait été la capitale.


Ronan MacLeister
J'ai finalement appris le nom du géant déjà rencontré à Kinally, et nous avons discuté plus d'une fois. Il n'est pas compliqué, et d'un abord facile. J'admire la manière dont il se mêle aux comyn en toute simplicité, alors que le nom qu'il porte cause certainement des démangeaisons au poignard de certains. Je crois qu'il a un grand courage, mais il évite d'en faire état, ce qui est d'autant plus admirable. Ou peut-être agit-il comme si tout était normal, avec l'espoir de convaincre tout le monde que ça l'est effectivement ?
J'aimerais en apprendre plus sur sa famille et son histoire, mais au début, je n'ose pas, parmi cette foule de tous horizons, et alors que je le connais si peu. Je ne voudrais ni le mettre en position délicate, ni susciter sa méfiance envers moi, même s'il ne semble pas d'un caractère très soupçonneux. Ensuite, je n'en ai plus le temps, je n'y pense même plus, avec toutes les préoccupations bien plus immédiates qui assaillent la zone de soins. J'ai en tout cas compris qu'il retournait à Thendara : peut-être qu'une occasion se présentera plus tard, pour combler quelque peu mes nombreuses lacunes.


Miguel Hali'in
Je me suis retrouvé à devoir le surveiller après la bataille de Caer Eiddyn. Blessé et consigné à l'alitement par Lewis, quoique pour une seule journée, il refusait de tenir en place. Lui expliquer les raisons de ces recommandations s'est avéré totalement inefficace, et je finissais par avoir envie de l'attacher à sa couche pour qu'il se tienne enfin tranquille… J'ai réussi à n'en rester qu'aux paroles, mais je crois qu'il est presque aussi fatiguant de le veiller et le restreindre, que serait une course sus aux séchéens.
Il faudrait que j'apprenne à mener une conversation correctement, cela m'aurait été utile pour le divertir sans qu'il ne tente de se relever à chaque instant, mais j'ai bien été obligé de faire ce que je pouvais. A parler des terres de sa famille, dont nous avons pu remarquer la tranquillité exempte de toute rumeur de guerre, lorsque nous sommes venus, il a naturellement été question de la famille elle-même. D'après ses dires, il est un proche cousin de la damisela Elspeth.
Cette découverte m'a au moins permis de l'occuper relativement calmement, et il a semblé se faire un plaisir de me raconter les bêtises qu'il a jadis commises en sa compagnie. Je dois avouer qu'il a un talent pour rapporter les faits de manière humoristique. Cela l'a en tout cas fait rester en place un bon moment : je n'en demandais pas plus. Je pense qu'il exagère largement ses récits, mais je me suis gardé de le lui faire savoir, de peur de le voir se remettre à s'activer afin de me prouver le contraire.


Rodrigo Hastur d'Acosta
C'est à se demander quel inconscient lui a permis de s'engager dans cette campagne, il ne parle que de glorieuses prouesses d'une manière aussi irréaliste que dans les contes pour damiselas. J'ai bien l'impression qu'il ne réalise pas la dureté du monde, sans doute que ces décades lui apporteront une prise de conscience bénéfique. Et quand il n'est pas à débiter ces fadaises, c'est pour chanter les louanges de son épouse, qui serait plus parfaite que Cassilda elle-même. De la part de quelqu'un comme lui, cela laisse craindre le pire. Quel genre de jeune femme pourrait accepter volontiers pareil songe-creux pour compagnon ?
Dom Rodrigo n'aura pas le temps d'apprendre grand chose de la réalité. La charge de lui faire comprendre que la guerre n'est pas une simple chasonnette qui finira bien, revient désormais à Avarra (bonne chance à elle) : il ne verra pas la fin du siège de di Norill. Même sans être parmi les combattants des assauts, je vois bien que les hommes souffrent, en corps et en esprit, pendant cette période interminable où nous campons autour de la ville. Le jeune Dom d'Acosta n'est que l'un des nombreux disparus qui en sont la conséquence.
Et tout cela pour retrouver une ville presque totalement détruite… Je préfère ne pas penser à l'état des cadavres abandonnés par les séchéens, et nous avons eu beaucoup de mal à sauver le peu qui pouvait encore l'être. Ce diable de Daillon préfère détruire que laisser quoi que ce soit, à l'évidence, et je comprends l'amertume de Lewis. Pourtant, quel autre choix avions-nous ? Nous ne pouvions pas laisser la ville entre leurs mains. Mais le prix à payer est effrayant, et ceux qui accepteront de faire revivre ces lieux auront besoin de bien du courage.
Je n'ai pourtant pas l'occasion de m'appesantir sur ces considérations sur le moment, les blessés sont nombreux, et je crains que la diminution de leur nombre ne provienne plus de passages d'Avarra, que de guérisons. L'herboristerie est réduite à sa plus simple expression, et Lewis craint des propagations de maladies. Le laran devient indispensable dans de nombreux cas, trop nombreux pour que nous puissions suffire, même en comptant sur la présence zélée d'Arkos et de Vadim. Les soins deviennent mon unique univers : monitorer, manger, dormir… seule existe pour moi notre infirmerie de fortune.


Trevor di Norill
Ce jeune di Norill nous a rejoints avec sa sœur Arbella et une poignée d'hommes, que j'aurais personnellement pris pour des ennemis. Tous ont choisi la voie de la résistance depuis plusieurs années, plutôt que de vivre sous la coupe des bandits des Villes Sèches. Leur aide sera certainement précieuse pour les officiers, eux qui ont côtoyé l'envahisseur depuis suffisamment longtemps pour bien le connaître. Et malgré leur âge, ils n'ont rien de freluquets irréfléchis : il est net que leur situation particulière les a fait grandir plus vite que la normale.
Je n'ose imaginer leur état d'esprit, eux qui ont vu les terres de leurs ancêtres envahies, leurs parents passés au fil de l'épée ou déportés au pays des sables… Encore une famille comyne dont le futur ne repose plus que sur quelques individus. C'est à coup sûr une épreuve qui ne peut faire ressortir que le pire ou le meilleur. Par chance pour eux, et pour nous, tous deux se trouvent dans le second cas. Ils ne montrent aucune faiblesse, peut-être n'est-ce qu'une façade, mais qu'importe : cela suffit à redonner courage aux hommes qui auraient pu se laisser aller à des pensées défaitistes.


Erlend Hastur d'Elhalyn
Je n'aurais pas cherché à m'immiscer dans l'entourage du roi, pourtant, il a bien fallu en venir à l'approcher plus qu'un peu, alors qu'il refusait avec un peu trop de véhémence tout examen sanitaire de sa personne. Il avait vraiment un air étrange, depuis quelque temps. Mais quelle folie chez notre souverain, que d'avoir refusé d'alerter qui que ce soit sur son état ! Sa disparition n'aurait fait que desservir la cohésion et la motivation qu'il disait vouloir préserver en se taisant. Peut-être avait-il sous-estimé la dangerosité d'une dague séchéenne.
Je dois encore une fois louer les manières de Lewis, qui a pris mes soupçons au sérieux, et est passé aux grands moyens pour nous permettre de parvenir à nos fins. Jamais je n'avais encore passé autant de temps pour un monitorage, et pourtant, je n'ai pas eu le temps de me demander si j'y arriverais. Pendant tous ces jours que le roi avait passés à masquer ses malaises, le poison avait eu le temps de se répandre : l'annihiler semble une tâche au-delà de ma maigre expérience. Pourtant, il n'y a pas le choix. Ni Arkos, ni Vadim ne rentreront rapidement, et si je ne suis pas là pour cela, pour quelle raison serais-je venu ?
Je m'attelle à désactiver méthodiquement ces traces d'intrusion malveillante, tâtonnant un peu un début, puis y parvenant plus efficacement une fois que j'ai compris. J'y perds bien vite la notion du temps : les étapes sont répétitives, et j'évite d'évaluer la quantité de travail qu'il me reste. Pas question de se décourager, plutôt rester concentré uniquement sur l'ennemi à abattre. Enfin, les dernières gouttes de poison semblent désactivées. Peut-être en reste-t-il d'infimes traces ici ou là, mais rien qu'un corps humain ne puisse gérer seul, désormais.
La réalité me semble manquer de consistance lorsque je range ma matrice, et j'ai l'impression d'avoir encaissé une charge d'oudrakhis. Je voudrais juste aller dormir, mais heureusement, Lewis veille, et après s'être chargé des soins externes du roi, il m'accompagne vers les réserves de nourriture. Finalement, j'ai aussi faim qu'après le déluge de Kinally. L'inconfort de nos paillasses ne m'empêche pas de m'y effondrer ensuite, pour de longues heures.
Erlend Hastur ne semble pas se ressentir trop gravement des effets de cet épisode, qui aurait pourtant pu le tuer. Nous continuons cependant à le surveiller de près, mais il reprend des forces, et peut faire de nouveau semblant que tout est normal, assumant son rôle d'homme décidé et de meneur. Nous ne serons qu'un petit comité à savoir vraiment ce qui a été évité de justesse. Je suis heureux de ce que j'ai accompli, mais ce n'est pas moi qui irai divulguer le secret tacite de ce qui s'est déroulé, ce jour-là, dans la tente royale.


Ivan Darriel
Je me serais bien passé de le croiser de nouveau, mais il fallait contrôler une blessure qu'il aurait reçue en défendant le Seigneur Aldaran, et on m'a demandé de m'en charger. Le Darriel a bien de la chance d'avoir échappé au poison, et s'il se décide à respecter les conseils de son soigneur et à rester tranquille quelques jours, cela ne deviendra qu'un mauvais souvenir. Il ne semble pourtant pas d'avis que les consignes de prudence doivent être respectées, mais je me lasse vite de le lui répéter, car de toute évidence, il ne m'écoute pas.
Je me contente donc bientôt de le monitorer, c'est pour cela que je suis ici, pas pour lui faire la conversation. Aucun souci sérieux ne sera à signaler, malgré son refus de se mettre au repos. Les dieux sont parfois bien injustes, tout comme ils l'ont été dans ces affaires d'assassins séchéens. Les Montagnes éloignées de l'Alliance ont payé un lourd tribut : et la Dame de l'Aigle, et le Dom Delleray, reviendront à Thendara sous un drap mortuaire. Esteban Aldaran semble anéanti jusqu'à la fureur, je ne peux pas vraiment dire que je le comprends, mais il est difficile de ne pas compatir.


Arkos Alton de Corandolis
Les leronis ont fort à faire, et leurs capacités sont sollicitées de nombreuses manières, mais j'ai pu trouver un instant pour demander à Arkos des nouvelles d'Ugo et Arcelia. Il semble que tout se passe bien pour mon oncle et ma tante de Corandolis. Lui est un fils de Posada, mais insensible à leur mouvement "indépendantiste". Je travaillerai souvent à sa suite, mais nous n'aurons guère le temps de discuter, son travail et son repos sont trop précieux.
Ensuite, il sera trop tard… Personne n'a vraiment compris ce qui s'est passé. Arkos et son collègue Vadim de Dalereuth se seraient affrontés via le laran, et il n'y avait plus rien à faire lorsque leurs corps ont été découverts. Seul Rafael Aillard semble en mesure de donner quelque information supplémentaire, encore est-ce bien obscur, mais il est question de la sorcière rouge. Je n'en ai rien dit, mais tout cela est loin de me rassurer.


Auster Hammerfell de Caer Donn
De quatre leronis partis en campagne, il sera le seul à revenir… Je ne l'ai rencontré que tardivement, car il était affecté à l'autre front. Pourtant, il a bien fallu le suivre et lui faire confiance après cette horreur qui a ébranlé tout le monde, ou du moins, tous les télépathes. Il a proposé de se rendre dans le Surmonde pour obtenir des nouvelles, et cela semblait en effet la seule solution possible pour éviter de patienter des décades. L'expérience ne m'inspirait guère, moi qui ne m'y suis jamais aventuré, mais je ne pouvais pas plus refuser quand tant de personnes attendaient ses résultats.
Au moins, le leronis de Caer Donn est-il quelqu'un de pragmatique, et son expérience nous permettra de revenir du monde gris sains et saufs. Il a donné le signal du retour dans le monde réel avant que nous n'ayons obtenu ou cherché de plus amples explications, mais je suis certain qu'il sait ce qu'il fait. Malgré la frustration d'avoir appris si peu, je suis soulagé de retrouver le monde physique. Qui sait ce que nous risquerions de trouver en investiguant plus avant, et je serais bien en peine d'apporter une aide réelle en cas de problème.
Nous ne pouvons être que des oiseaux de mauvais augure, et répéter ce que Tramontana nous a transmis : les deux Tours des terres Aillard ont comme disparu, bâtiments et habitants. Par la suite, je remarquerai qu'il s'agit de quelqu'un de peu bavard, mais sans doute aura-t-il la même opinion de moi : nous n'avons pas grande envie de reparler de ce que nous avons vu ou vécu. Il ne rentre à Thendara qu'à contre-cœur, et même si j'ignore ses raisons, je le comprends assez. Après cette saison de campagne, je suis moi-même soulagé par la perspective de retrouver Barrensclae, et Leonel, plutôt que la capitale et les innombrables habitants du Château.

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